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Les faiseurs d’opinion
Elaine Mayrand
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2009-05-12 15:53:59 Société |
Au quotidien, comme un peu tout le monde, je m’intéresse à la couverture de presse entourant les « scandales » dans les affaires municipales de Montréal. Au cours des dernières semaines, et en particulier, au cours des derniers jours, nous assistons à un exemple assez intéressant de l’impact que peuvent avoir les médias (un média, La Presse, surtout dans ce cas-ci) lorsqu’ils s’investissent d’une mission…
Loin de remettre en question la pertinence du rôle d’information des médias auprès du grand public, voire même son rôle de chien de garde des institutions, il me semble que cette saga est un bel exemple du flou qui existe autour des limites du 4e pouvoir…
Faire enquête et rapporter des faits, voilà qui ne devrait pas, en soi, porter à controverse. Par contre, quand la nouvelle est alimentée au quotidien (et même plusieurs fois par jour via les médias en ligne), quand le journaliste d’enquête est l’invité du talk-show dominical pour commenter sa « quête » et donner son opinion, n’est-on pas déjà moins dans les faits… et plus proche du spectacle? Quand les chroniqueurs font eux-mêmes le tour des entrevues radios et « deviennent » la nouvelle, n’est-on pas moins dans les faits?
Vous me direz qu’il n’y a rien de nouveau à voir un média demander la tête d’un politicien et faire ensuite produire un sondage qui confirme, bien évidemment, que la confiance du grand public envers ce politicien a été ébranlée.
Par ailleurs, au cours des dernières semaines, il me semble qu’on a un peu forcé la dose et dépassé depuis longtemps le besoin d’information du citoyen. Le plus gros des scandales, visité, revisité et détaillé pendant plusieurs jours peu devenir banal…
En fait, le citoyen risque (si ce n’est déjà fait) d’atteindre la saturation et de développer une allergie sévère envers toute question relative à la politique municipale, alors même qu’une campagne électorale devra se mettre en branle dans les prochains mois. À terme, la saga pourrait bien alimenter la passivité des citoyens, celle-là même qui est déplorée et combattue au quotidien par les médias faiseurs d’opinion…
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Le prix de la transparence
Elaine Mayrand
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2009-02-27 11:40:27 Société |
Au cours des dernières semaines, j’ai eu l’occasion de lire ou d’entendre dans les médias les commentaires de quelques porte-parole d’organismes de levée de fonds. Sans exception, ceux que j’ai entendu expliquaient leur plan « B », l’obligation de réduire leurs attentes, les diminutions pressenties de la part des grands contributeurs, comme des particuliers.
Aucune dissonance, me direz-vous, par rapport au bruit ambiant fait de réalisme…et de pessimisme. En fait, on semble prendre pour acquis que le réflexe (premier ?) des contributeurs (et en particulier des entreprises) en période de récession sera de couper de manière significative dans leurs contributions. J’imagine que chacune de ces organisations dispose d’un historique qui le démontre et, évidemment, on ne peut que saluer la prévoyance et la saine gestion…
Par ailleurs, ce qui m’interpelle c’est que dans aucun des messages que j’ai pu entendre ou lire on ne réitérait les besoins de l’organisation, ni la confiance envers les contributeurs fidèles… D’entrée de jeu, on légitimait le retrait ou la diminution de la contribution; bravo pour la compréhension! Mais ce faisant, n’est-on pas en train de se tirer un peu dans les pattes, en « déculpabilisant » un peu trop vite le contributeur, petit ou grand?
Est-ce que les organisations de levées de fonds ne vont pas payer le prix de cette transparence ? Il me semble qu’il y a un risque à présenter déjà les déboires des Caisse de dépôt et autres grands joueurs comme une excellente raison de ne pas donner pour le cancer ou les sans-abri cette année… Tous n’auront pas l’obligation de réduire leurs contributions… du moins pas en 2009.
Est-ce que des messages plus porteurs ont été livrés, mais n’ont pas été retenus, parce qu’en contradiction par rapport au bruit ambiant ? C’est possible : quand on cherche une mauvaise nouvelle, on ne trouve pas autre chose.
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Négocier sur les écrans du public
Elaine Mayrand
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2009-02-04 14:11:54 Médias |
Tout récemment était mis en ligne un nouveau site, lheurejuste.ca, publié par la direction de Québécor Média. Y avez-vous jeté un coup d’œil?
Loin de moi l’intention de commenter sur le fond le conflit de travail qui oppose le géant des médias à ses employés syndiqués… cette fois ceux du Journal de Montréal. En fait, ce que je trouve à la fois fort intéressant et tout à fait déplorable (et j’assume ici mon ambivalence) c’est la médiatisation à outrance du conflit…
Chacune des parties s’est offert un véhicule, à la limite de ses moyens évidemment, pour courtiser les lecteurs et leur permettre de ne pas perdre une miette…mais alors pas une miette(!)d’information croustillante sur le conflit.
Déjà, l’édition quotidienne du Journal a permis la semaine dernière de découvrir le curriculum de toute l’équipe « temporaire » de rédaction… qui cumule comme chacun le sait, quelque 300 années d’expérience ! Il est clair que c’est pour ce genre d’information que l’on brave le froid pour sortir acheter le journal le matin…
Maintenant, avec son nouveau site lheurejuste.ca, la direction de Québécor présente au grand public, à l’aide de visuels évocateurs et « punchés », la « vérité vraie » qu’elle oppose à une série « d’énoncés mensongers »… L’éditrice explique cette initiative par leur volonté d’informer le citoyen qui « en raison de sa fidélité au Journal, mérite d'être informé des tenants et aboutissants de cette situation ».
Ce que j’en retiens surtout, c’est qu’une entreprise (privée, aux dernières nouvelles) se sent justifiée (voire obligée ?) de mettre ainsi sur la place publique, en fait sur les écrans du public, une série d’allégations, d’arguments et de contre arguments concernant sa gestion; l’ironie, c’est que la plupart des énoncés « mensongers » ne s’étaient pas rendus jusqu’à moi en fait… et que maintenant je les connais !
Évidemment, la partie adverse pourra y opposer d’autres arguments et contre arguments, jusqu’à plus soif...sur son propre véhicule : le site des employés en lock-out du Journal de Montréal, ruefrontenac.com se propose pour sa part de répondre Par la bouche de nos crayons! et appelle au boycott du quotidien.
Cela dit, les deux parties offrent, en parallèle, un contenu informatif et l’on peut saluer le professionnalisme des uns et des autres… Qu’est-ce qu’on attend du public au fond ? Et surtout, est-ce qu’on a encore le temps de négocier ?
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À quand « Barbie au Sénat » ?
Elaine Mayrand
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2008-10-03 15:49:39 Société |
Comme plusieurs, je suis avec intérêt (et parfois avec stupéfaction!...), la campagne présidentielle chez nos voisins du sud… Le long duel Clinton-Obama était parfois essoufflant, mais rarement inintéressant…
À plusieurs reprises, j’ai sourcillé en voyant certaines photos de Mme Clinton dans les médias. Des clichés vraiment, mais alors là vraiment, très peu flatteurs…. Vous me direz que les médias n’ont pas pour mandat de faire bien paraître les politiciens, pas plus que les politiciennes… bien évidemment!
Mais il n’en demeure pas moins que les plans très rapprochés, pour être certains de bien montrer les petites rides de madame, qu’elles soient d’expression ou d’expérience, étaient nombreux… Ou du moins plus nombreux que dans les photos de l’adversaire… Du moins, c’était ma perception…
Bien sûr, vous me direz, Obama étant plus jeune, il était plus difficile de montrer ses rides…et ses poignées d’amour sont inexistantes…
La question embêtante est la suivante : aurait-il fallu que les médias soient complaisants avec madame pour égaliser le traitement… ou juste plus équitables?? Hum…
Dans un élan d’autocritique, il m’est arrivé cependant de me demander si les clichés étaient objectivement moins flatteurs, ou bien était-ce moi qui accordais trop d’importance à l’allure de la candidate? (Je me souviens d’une allocution, à l’occasion d’une primaire, où j’avais été carrément distraite par un certain veston jaune canari… au point d’en oublier d’écouter les propos!). Difficile à départager, mais sachant l’importance accordée à l’image des femmes, je persiste à croire que si madame Clinton avait remporté l’investiture et participé à la campagne présidentielle, on aurait sans doute vu ce phénomène se poursuivre, voire s’accentuer.
Suivant l’arrivée remarquée de Mme Palin il y a quelques semaines, on a droit à l’autre bout du spectre… Là c’est carrément « Barbie goes to the White House »… Vous me direz que jusqu’à présent la candidate à la vice-présidence n’a pas ébloui par sa maîtrise du contenu, mais j’ai cependant l’impression que personne ne s’intéresse à son « contenu » de toute manière… à commencer par ses plus ardents supporters!
Quelques heures après sa nomination, les montures de verres correcteurs « à la Sarah » étaient en rupture de stock, et depuis, Mme Palin a toujours le tailleur parfait, le chignon parfait… et la photo parfaite!
À quand « Barbie au Sénat », et « Barbie aux Nations-Unies » ? Visiblement, il y a un marché…
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Faites-moi un dessin…
Elaine Mayrand
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2008-02-07 16:35:21 Médias |
Ce 6 février au matin, alors qu’au volant de ma voiture j’écoutais un peu distraitement la radio, un segment du bulletin de nouvelles me fit sursauter…
« Aujourd’hui, Madame (X), âgée de 77 ans subira une mastectomie partielle à la clinique médicale Rockland. Cette première opération financée par le système de la santé, mais effectuée en clinique privée, est le résultat d’une entente entre l’hôpital du Sacré-Cœur et une clinique privée de ville Mont-Royal... »
Nous connaissons la suite, la nouvelle fut reprise largement, et partout. Après des années de débat sur les pour et les contre des partenariats public-privé dans le domaine de la santé, la nouvelle en soi n’avait rien d’étonnant. Ce qui m’a fait sursauter, c’est que l’on se sente obligé de personnaliser la nouvelle à ce point, allant jusqu’à faire preuve d’un voyeurisme assez dérangeant, faisant fi de la vie privée d’une patiente.
Le ton était donné, et on a eu droit à des descriptions détaillées de l’accueil reçu par la patiente (avec biscuits et beignets) à son arrivée à la clinique. Informer le public de cette première était bien sûr tout à fait pertinent, on en convient. Par ailleurs, cela soulève un certain nombre de questions.
Était-il vraiment nécessaire pour bien informer le public de dévoiler le nom, l’âge et la nature de l’intervention subie par la patiente? Et en particulier de le faire en introduction d’un bulletin de nouvelles? Est-ce que pour « faire vrai » on doit à ce point faire de l’information « graphique » ?
La nature même de l’intervention dont il était question n’aurait-elle pas dû inspirer une certaine retenue? Non pas que la mastectomie doivent demeurer taboue, et il est probable que la patiente a donné son accord (du moins je l’espère), mais était-ce vraiment nécessaire?
Je n’ai pu m’empêcher de me demander également si, dans un même contexte, l’ablation de la prostate de monsieur (Y) aurait été annoncée en introduction du bulletin de nouvelles…
Mais ça c’est un autre débat…
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